Le mythe du « moins cher » : pourquoi vos « économies » vous coûtent une fortune
Quand le prix affiché ne raconte qu'une fraction de l'histoire.
Vous avez déjà comparé deux soumissions et choisi la moins coûteuse en vous disant que c'était la décision logique?
Vous n'êtes pas seul·e. C'est le réflexe le plus répandu en affaires. Devant deux options, notre cerveau fait un calcul simple : même résultat, prix plus bas, meilleure affaire. Dossier classé.
Sauf que ce calcul repose sur une prémisse fausse : que le résultat sera le même. Et dans la réalité de la gestion d'entreprise, il l'est rarement.
En quinze ans d'accompagnement de dirigeant·e·s, j'ai observé un schéma récurrent : les décisions prises au nom de l'« économie » finissent par coûter deux, trois, parfois quatre fois le prix de l'option dite « chère ». Pas en théorie. En heures, en énergie, en crédibilité et en revenus perdus.
Le scénario que tout le monde reconnaît
Prenons un exemple concret. Vous cherchez une ressource pour vous libérer 20 heures par semaine. Deux options se présentent :
Sur papier, le choix semble évident. À 80 heures par mois, l'option A représente une « économie » de 2 800 $. Multiplié par 12 mois, c'est plus de 33 000 $ « sauvés » par année.
Sauf que ces 33 000 $ n'existent pas. Ils ne sont qu'une illusion comptable.
Les cinq coûts que personne ne calcule
Ce qu'aucune soumission n'affiche, c'est le coût réel de la collaboration. Voici ce qui s'accumule silencieusement quand une ressource est sous-qualifiée ou mal alignée avec vos besoins.
1. Le temps de communication
Des explications qui prennent trois fois plus de temps. Des consignes à reformuler. Des suivis constants par courriel ou messagerie. Chaque échange de 15 minutes que vous n'aviez pas prévu, c'est du temps que vous ne consacrez pas à vos client·e·s ou à votre stratégie.
Si votre taux horaire en tant que dirigeant·e est de 150 $/h et que vous passez 5 heures par semaine en communication superflue, c'est 750 $ par semaine, soit 3 000 $ par mois, qui disparaissent dans la « gestion » d'une ressource censée vous libérer.
2. Le coût de supervision
Vous déléguez pour vous libérer, mais vous passez vos soirées à vérifier, corriger, réexpliquer. Vous devenez la gestionnaire d'une ressource qui devait justement vous éviter de tout gérer.
C'est ce que j'appelle le paradoxe de la délégation : plus la ressource est « abordable », plus elle exige de votre temps. Et votre temps, rappelons-le, est la ressource la plus coûteuse de votre entreprise.
3. Les reprises et corrections
Un livrable mal exécuté, c'est un livrable à refaire. Parfois par vous. Parfois par quelqu'un d'autre que vous devez aussi payer. Chaque reprise double ou triple le coût initial de la tâche, sans compter le délai que ça impose à l'ensemble de vos opérations.
4. L'impact sur votre image
Un courriel avec des erreurs envoyé à vos client·e·s. Un document mal formaté. Un suivi oublié. Votre crédibilité absorbe chaque erreur qui se rend jusqu'à l'externe. Et la crédibilité, une fois écornée, coûte infiniment plus cher à reconstruire que n'importe quelle soumission.
5. L'énergie mentale
C'est le coût le plus insidieux. La charge cognitive de ne jamais pouvoir « lâcher prise » sur une tâche déléguée. Ce stress invisible qui vous empêche de fonctionner à votre plein potentiel. De prendre des décisions stratégiques avec clarté. D'être pleinement présent·e dans vos rencontres client.
Quand votre tête est occupée à se demander si la dernière tâche déléguée a été bien faite, vous n'êtes plus en mode stratégique. Vous êtes en mode survie.
Le ratio qui fait mal
Quand on additionne tous ces coûts cachés, un ratio clair émerge :
reprises, image et énergie mentale.
Reprenons notre exemple. L'option A à 25 $/h, multipliée par 3, donne un coût réel de 75 $/h. L'option B à 60 $/h, parce qu'elle est autonome et compétente, reste près de son prix affiché.
L'option « chère » coûte en réalité 20 % moins cher que l'option « économique ». Et c'est sans compter la qualité supérieure du travail, la tranquillité d'esprit et le temps récupéré.
Au-delà de la délégation : le mythe s'applique partout
Ce phénomène ne se limite pas à l'embauche. Il se manifeste dans chaque décision d'affaires où le prix est le critère principal : l'outil technologique gratuit qui demande 15 heures de configuration et ne fait que la moitié du travail, versus la solution professionnelle qui s'intègre en 2 heures et automatise l'ensemble du processus. La formation « accessible » qui survole les concepts sans accompagnement, versus le programme structuré qui produit des résultats mesurables parce qu'il inclut le soutien nécessaire à l'implantation. Le CRM « tout-en-un » à bas prix qui force votre équipe à contourner ses limites avec des feuilles Excel parallèles, versus l'écosystème adapté à votre réalité qui élimine les doubles saisies.
Dans chaque cas, le même schéma se répète : un coût initial bas qui cache un coût total élevé. La question à se poser n'est jamais « combien ça coûte? » mais plutôt « combien ça me coûte vraiment? »
Les trois questions à poser avant chaque investissement
Avant de choisir l'option la moins chère par réflexe, prenez l'habitude de vous poser ces questions :
Quel est le coût de mon temps? Combien d'heures vais-je devoir investir en communication, supervision et corrections? Multipliez ce nombre par votre taux horaire réel.
Quel est le coût d'opportunité? Chaque heure passée à compenser une ressource inadéquate est une heure que vous ne passez pas à développer votre entreprise, servir vos client·e·s ou structurer vos systèmes.
Quel est le coût sur ma crédibilité? Chaque erreur qui atteint vos client·e·s érode la confiance bâtie au fil des années. Quelle est la valeur d'un·e client·e perdu·e?
Cette semaine, prenez 30 minutes pour faire cet exercice concret :
Identifiez un service ou un outil que vous avez choisi principalement pour son prix. Un fournisseur, un logiciel, une ressource humaine.
Calculez votre temps investi : combien d'heures par semaine passez-vous à compenser, superviser, corriger ou contourner les limites de cette ressource?
Multipliez par votre taux horaire. Si vous ne connaissez pas votre taux, divisez votre revenu annuel visé par 2 000 heures.
Ajoutez ce montant au coût mensuel du service ou de la ressource.
Le chiffre que vous obtenez, c'est le vrai prix de votre « aubaine ». Est-ce que ça en vaut encore la peine?
Investir au bon endroit
Choisir le « moins cher » n'est pas une stratégie. C'est un réflexe. Et comme tout réflexe, il peut être remplacé par une décision éclairée.
Les dirigeant·e·s qui passent du chaos à l'harmonie ne sont pas ceux et celles qui dépensent le plus. Ce sont ceux et celles qui investissent au bon endroit : dans les bonnes ressources, les bons outils et les bons systèmes. Pas les moins chers; les plus adaptés.
« Je choisis d'investir dans les bonnes ressources, pas de sauver sur le dos de mon temps. »